Préjugés

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On a tous des préjugés, moi j’en avais particulièrement un.

On est en 2009, je commence ma thèse dans un laboratoire. Ma chef m’impressionne, elle est normalienne major de promo à l’Agrég ‘. Elle est très exigeante envers moi. Au début ça ne me choquait pas, car j’avais été prévenue. Elle avait une haute estime d’elle même, mais je n’y faisait pas attention. Puis un jour, une nouvelle stagiaire est arrivée, elle aussi normalienne, elle aussi major de promo à l’agrég’, et là je me suis mise à voir les choses autrement. La forte exigence dont faisait part ma supérieur envers moi était inexistante envers cette nouvelle « élue ». Au début je me suis dit que j’étais paranoïaque, que je faisais une petite crise de jalousie. Alors j’en ai parlé à certains de mes collègues, et tous m’ont répété la même chose : non tu n’es pas paranoïaque, il y a bien une différence de traitement entre toi et « l’élue ». Une collègue m’a même dit qu’on dirait que ma chef essayait de « draguer » « l’élue ». Cette différence de comportement entre moi et elle a commencé à m’énerver, mais pas seulement ça.

Je suis plutôt du genre à m’entendre avec tout le monde, alors naturellement, lorsque « l’élue » est arrivée dans notre laboratoire, j’ai essayé de créer des liens avec elle, mais bon, c’était comme parler à un mur. Je ne me suis pas découragée, peut-être est-elle timide comme moi. Mais non, rien à y faire. Un jour une de ses conversations m’a « choquée ». Petit aparté ; pour pouvoir faire une thèse, il faut réussir un concours pour obtenir un financement. Le centre de recherche dans lequel j’étais propose son propre concours. Le concours proposé par mon ancien centre de recherche ne permets pas d’effectuer en plus de l’enseignement, donc en général, les agrégés ne peuvent pas se présenter à cause de cette incompatibilité, de plus, « l’élue » avait déjà un financement d’assuré pour effectuer une thèse étant normalienne et major de promo. Donc revenons à la conversation, « l’élue » aurait voulue se présenter à ce fameux concours, il a fallut donc négocier. La négociation avec le directeur de l’institut fut un échec, elle nous expliqua alors que le directeur préférait avoir 25 bon candidats (via le concours) et elle (qui n’avait pas besoin de passer le concours). La manière dont elle a annoncé cela m’a choquée, et là j’ai vu, passer moi l’expression, qu’elle ne se prenait pas pour de la merde. Certes elle est brillante, mais un peu de modestie ne fait de mal à personne.

Mon appréhension vis à vis de sa haute estime d’elle même, malheureusement, s’avéra réelle. Jamais elle ne me demanda de l’aide en cas de difficulté ou pour des conseils (même quand elle ne trouvait pas une chose que j’avais rangé). Par contre quand il fallait passer le week-end, elle savait me trouver. J’attends toujours les remerciements. Une sorte de compétition est apparue entre nous deux. Moi qui n’aime pas cela, c’était perdu d’avance. Et puis moi, ce que je cherche dans ce métier c’est l’entraide et le partage.

L’ambiance dans le service a également commencé à se dégrader, pire d’année en année. Les nouveaux recrutés (à part quelques exceptions bien sûr 😉 ) me semblait de plus en plus sérieux (trop sérieux), peu sociables, égocentriques … Bref, y’avait pas grand monde quand il y avait une bière session d’organisée (d’ailleurs elle se sont arrêtées quand j’ai cessé de payer les bières). Les chefs d’équipe étaient spéciaux aussi, ils me regardaient bizarrement, ne répondaient pas forcément quand on leur disait bonjour, ou alors d’une manière peu sincère.

Plus tard j’ai appris que le bâtiment dans lequel j’évoluais était en fait un repère de normaliens … Moi avec mon petit master universitaire, j’étais une tâche dans leur environnement. Ces personnes avaient tendance a regarder de haut les pauvres universitaires qui se baladaient dans les couloirs. J’ai alors nourris de fort préjugés envers les normaliens.

Puis j’ai passé ma thèse, quand je suis partie je n’ai pas eu d’au revoir de ma chef :-(. Je suis restée longtemps au chômage à ressasser ces années où je me sentais comme une intruse, une erreur de casting. J’ai fini par trouver un CDD, dans un autre laboratoire. L’ambiance était toute différente, joyeuse, les gens étaient souriant (vous imaginez le choc). Bref, les personnes semblaient normales. Je me suis intégrée assez facilement à ce nouvel environnement, et j’ai vite créé des liens d’amitié avec certains collègues. Particulièrement avec une collègue, très sympathique, un peu râleuse sur les bords (mais c’est ce qui la rend unique ^^). Avec elle je pouvais parler de mes malheurs passés, de mes passions, de tout et de rien en fait 🙂 . Puis, Oh malheur 😉 , j’ai appris qu’elle était normalienne, mais pour le coup ça ne faisait rien, puisque c’était devenue une amie. Elle m’a permis de dépasser ce préjugé qui était ancré en moi, et de découvrir qu’à normal sup’, il y avait des personnes « normales », très brillantes certes, mais pas égocentriques pour autant, des personnes qui savaient être modestes aux vues de leur compétences qui me surpassent.

Nous avons tous des préjugés, mais nous pouvons les dépasser. Reste a trouver la bonne condition, la bonne personne et le bon moment pour nous les faire oublier.

 

4 thoughts on “Préjugés

  1. fedora

    C’est en général ce que l’expérience apprend… à condition d’être capable de se remettre en question… En même temps, toi aussi tu as été victime de préjugés… C’est très peu agréable d’être jugée pour ce qu’on est ou paraît être… Passe un excellent we 🙂 bizz

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  2. Irene zlato

    Tout à fait d accord avec toi et Fedora! Des prejuges, on en a tous, je dirais par definition, puisqu on ne peut pas tout connaitre sur tout… Donc on a des prejuges. Ensuite, l essentiel est effectivement de savoir depasser ses prejuges, quand on voitqu on s est trompe.
    J avais fait un petit article la dessus dailleurs.
    Sinon, j imagine à quel point ta situation a du est desagreable, voire intenable… Etre juge sur son diplome et pas ses competences…. C est comme etre juge par e qu on est une femme , etc.
    J admire ton caractere consiliant.. Moi je me serais enervee 10 fois!!!

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    1. vousparler Post author

      Peut-être aurait-il fallut que je m’énerve au moins une fois ? Enfin c’est du passé tout ça, je vois les choses autrement maintenant 🙂

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