Ne brisez pas les rêves des personnes qui semblent moyennes

Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit et laissé à l’abandon ce blog, mais je ne pouvais me résigner à le fermer, sait-on jamais. Cette nuit j’ai été prise d’insomnies, assez fréquentes ces derniers temps, et l’envie d’écrire m’est venue. Envie de parler de moi, de mon parcours, qui avec le recul m’a mené là où personne n’aurait parié.

J’ai toujours été quelqu’un de sérieux, travailleur et avec une forte conscience professionnelle, sur tout mon parcours, universitaire compris, j’ai dû en tout et pour tout sécher 2 heures de cours (dont une en seconde, le dernier jour de cours avant les vacances d’été). Et pourtant, si je remontais le temps et que je demandais à mes professeurs et mes proches de parier sur mon avenir, je crois que l’on serait très loin de la réalité.

D’aussi loin que je me souvienne, j’étais une élève constante, constamment dans la moyenne. Pas de vagues, ni la première de la classe, ni la dernière, juste dans la moyenne. Au collège idem, pas de quoi pavoiser. Pourtant j’avais un rêve secret, je voulais devenir généticienne (merci le téléthon), sans vraiment savoir ce qu’il fallait faire pour y parvenir. En troisième ça se précise, c’est vraiment ce que je veux faire, mais comment ? Je me souviens de cette fin des années collège, où nous sommes allées aux portes ouvertes de mon futur lycée avec des amies et la mère de l’une d’entre elles. Il y avait des petites réunions sur les différentes filières, je commence par la ES, ouais, intéressant. Puis je veux me renseigner sur la S, là, la mère de mon amie me sort une phrase étonnée du genre « tu veux faire S !!! » sous entendu : « mais ma pauvre tu n’as pas le niveau ! ». Ça m’a assez marqué. Dans ma famille personne n’ayant passé un bac général et donc encore moins un S, nul n’a vraiment pu me dire quel niveau il fallait pour y aller et si le mien était suffisamment convenable.

Au final je suis entrée en seconde avec option sciences économiques et sociales. Comme d’habitude, je m’en sors avec la moyenne dans toutes les matières, sauf en sciences où pour certaines j’ai des notes plutôt respectables (sans être excellentes). Entre temps, mon rêve de devenir généticienne en avait pris un coup, car j’avais découvert qu’il fallait un bac +8, et moi, élève moyenne, n’aimant pas franchement les études, bah c’était pas pour moi. Toutefois, je voulais quand même travailler en laboratoire, alors je me renseigne pour faire STL. Et puis, il y a mon prof de maths qui fini par me convaincre de faire S. Je signe, et pour le coup, d’élève moyenne, je suis passée à catastrophique au point qu’au conseil de classe du deuxième trimestre, les profs se sont demandés s’il ne fallait pas que je me réoriente. M’enfin, un p’tit redoublement et je retrouve ma place si confortable d’élève moyenne, jusqu’au bac, que j’obtiens moyennement, du premier coup, mais sans mention (de toutes manières l’idée d’aller en prépa ne m’avait même pas traversé l’esprit).

Je rentre donc à la fac de sciences, en filière biologie. Je passe l’écrémage de la première année de DEUG (oui c’était encore le DEUG à l’époque), puis la deuxième année de licence, mention assez bien en prime. Passage au LMD oblige, je continue en troisième année de licence, que j’obtiens moyennement, et là pour la première fois, on m’a reproché de ne pas avoir eu de mention, on m’a reproché d’être moyenne. Mais je ne me démonte pas, car ce que l’on fait à la fac, enfin ça m’intéresse, et j’ai envie d’en apprendre plus. Alors je poursuis, master 1 et 2 avec mention bien, puis concours pour obtenir une bourse de thèse. A cet instant … comment dire … je me suis retrouvée dans un amphi avec des gens qui pour la grande majorité sortaient de classes préparatoire et étaient en école d’ingénieur. Je me suis sentie bien médiocre à la vue de mon parcours, mais on m’a quand même donné ma chance et j’obtiens une bourse.

J’ai donc poursuivis mon doctorat au milieu des diplômés de l’ENS, polytechnique, Pharmacie et autres écoles d’ingénieurs. Y’a pas mieux pour se sentir comme une intruse. Ce ne fut pas facile, mais j’ai tenu bon jusqu’à ma soutenance. Et pour ne pas déroger à la règle, j’ai fait une thèse moyenne, pas en investissement personnel, mais en termes de résultats ; un seul article sorti deux ans après ma soutenance.

Je ne suis pas devenue généticienne, la concurrence est trop rude dans la recherche pour que je me démarque vraiment. Toutefois, personne, moi la première, n’aurait imaginé qu’un jour je porte le titre de Docteur en sciences.

Il ne faut pas briser les rêves des personnes qui semblent moyennes, car au fond, personne n’est moyen. Il suffit de prendre le temps de trouver le domaine de compétences qui passionnera cette personne et où elle se révélera réellement. Chacun à droit à sa chance. Si j’avais écouté tous ceux qui m’ont déconseillés de faire de la science car trop moyenne, je serais passée à côté d’un belle expérience. Et bien qu’aujourd’hui je ne sois pas généticienne, je travaille toujours dans les sciences et je fais un métier qui me comble autant qu’être chercheuse.

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